BIO

Je suis né au milieu du siècle dernier dans une famille de paysans bretons modestes. A l’époque, dans ce milieu, mon destin semblait tout tracé : l’école primaire jusqu'au certificat d’études à 14 ans, avec l’objectif de reprendre un jour la ferme familiale, à moins qu’un apprentissage ne fasse de moi un plombier, un électricien ou un garagiste. 

Mais le destin a ses bizarreries. J’apprenais bien en classe, comme on disait alors. Mon instit’ m’a fait entrer en sixième, ce qui restait rare à l’époque dans ce coin de campagne bretonne, et cela m’a conduit à la fac de sciences et une licence de maths. 
Là, nouveau détour du destin. J’étais à la fac quand se sont produits coup sur coup deux événements fondateurs pour moi. En 1972 est paru le Rapport du Club de Rome (également nommé Rapport du M.I.T. ou Rapport Meadows) intitulé The Limits to Growth (Les limites de la croissance), titre mal traduit en français : Halte à la croissance ! Les scientifiques auteurs de ce rapport arrivaient à la conclusion que les tendances en cours menaient à l’effondrement de la société industrielle dans le courant du XXIe siècle, du fait de l’épuisement des ressources, de la pollution, de la surpopulation...

Jean Aubin, écoloclaste

Second événement marquant pour moi en 1972, l’entrée en résistance de 103 paysans du Larzac dont les terres étaient menacées par l’extension du camp militaire. Cette résistance non-violente était soutenue par Lanza del Vasto et sa Communauté de l’Arche, voisine du Larzac. C'est ainsi que j’ai découvert cette communauté gandhienne, qui vivait un choix radical de non-violence et de sobriété de son mode de vie, très loin des sirènes de la société de consommation occupée à conquérir le monde. 
Un problème : l’impasse d’une consommation toujours croissante conduisant à l’effondrement. Une piste étroite pour sortir de cette trajectoire funeste : le choix d’une société frugale et solidaire. Ces deux découvertes simultanées ont révolutionné ma manière de voir le monde. 

Ce nouvel état d’esprit appelait une réflexion sur mon avenir professionnel. Après trois ans d’enseignement des maths en lycée, comme maître auxiliaire, je quitte l’enseignement pour une année de FPA (Formation Pour Adultes) en horticulture, suivie de deux années comme ouvrier agricole, d’abord dans une pépinière, puis chez un maraicher bio. En 1980, je reprends la ferme familiale, mais en maraichage bio, choix assez saugrenu à l’époque.

Connaissant le milieu agricole et ses difficultés, je ne me faisais pas trop d’illusions. Mais trop encore sans doute. Ou alors, je me croyais plus malin que d’autres. La réalité est dure. Beaucoup de travail, revenus faibles et surtout incertains. Un choix davantage personnel que de couple. Que faire ? Après quelques années, je reprends mon cartable de prof, d’abord à mi-temps en continuant le maraichage sur l’autre mi-temps, puis à plein temps. Je passe le Capes puis l’agrégation de maths. 

En 1998, je tombe sur un petit livre du Professeur Albert Jacquard, l’Equation du Nénuphar. Un des chapitres explique le mécanisme explosif de la croissance exponentielle, qui conduit fatalement à crever tous les plafonds. Appliqué à la planète et mythe de la croissance, c’est en quelque sorte le Rapport Meadows pour les Nuls. Les quelques pages de ce court chapitre réveillent mes interrogations assoupies sur l’avenir du monde, et m’amènent à mettre par écrit mes réflexions sur cette fameuse et fumeuse obsession de la croissance, tant chez les décideurs politiques et économiques que chez les intellectuels et dans les médias. 
Cela donne un livre, publié en 2003 : Croissance : l’impossible nécessaire. Pendant le temps d’écriture, j’ai découvert que mes réflexions rejoignaient celles d’un mouvement de pensée encore peu répandu, celui de la décroissance. A l’époque de sa parution, mon livre était le premier sur ce thème à être abordable par un large public. Les ouvrages déjà écrits sur la question, comme ceux de Serge Latouche qui depuis est devenu un ami et a préfacé l’un de mes livres ultérieurs, étaient plus ardus et destinés à un public plus averti. Cela m’a valu des invitations à donner des centaines de conférences sur le sujet de la décroissance. En 2010, après que je l’ai réactualisé, ce livre a été réédité sous un nouveau titre, Croissance infinie, la grande Illusion, avec une préface d’Albert Jacquard, et complété par La Tentation de l’Ile de Pâques, préfacé par Serge Latouche. 

Aujourd'hui, plus que jamais, je suis plein de questions, plein d’inquiétudes quant à l’avenir du monde. Par les temps qui courent, des questions et des inquiétudes, cela n’a rien de très original. Mais je ne me retrouve pas toujours dans les questions posées par « les écolos », et encore moins dans les éléments de réponse proposés. Je crains fort d’être un écolo assez infréquentable, un écoloclaste…

Ah ! Un dernier point à préciser, qui ne va sans doute pas arranger le tableau. Né dans une famille catholique, j’ai été « pratiquant » pendant la plus grande partie de ma vie, même si j’étais un peu trop malcroyant, même si je ruais beaucoup dans les brancards. Là aussi, hérétique ? Sûrement car j’ai finalement quitté l’Église catholique, voici une quinzaine d’années. Je garde cependant beaucoup d’amis dans le monde chrétien et, tout mécréant que je sois devenu, c'est à leur intention que j’ai écrit deux livres : J’ai quitté l’Église. Que reste-t-il de ma foi ? et Sobriété et Solidarité, le bel avenir du message évangélique, préfacé par Jean-Claude Guillebaud. Une sorte d’introduction à la décroissance à l’intention des chrétiens… Et, divine surprise, je me suis même  retrouvé largement en phase avec le pape François dans son encyclique Laudado Si' … 


Remarque : après avoir choisi ce nom d’écoloclaste, je me suis rendu compte qu’il en existe bien d’autres sur internet. Eh bien, ces autres, ce n’est pas moi…